Skip to content
Lyric
Dive
Public playlists
My playlists
Search
Sign in
monsieur Quan
Alphonse Bisaillon
Popularity · Low
+
🇫🇷 French · Original
0
0
YouTube
Searching YouTube...
Lyrics
Original
Translation
Bilingual
Monsieur Quan était professeur de philosophie
Mais le jour où les tanks ont roulé dans les rues de Saïgon
Il ne l'était plus
Le pouvoir se ressemble toujours
Malgré tous les noms qu'on lui donne
C'est pas demain qu'on verra un philosophe porter la couronne
Il aurait pris les armes, mais trois enfants à charge
Ça pèse dans la balance de la mort
Alors
Il opta pour l'exil
Et l'orage de sa vie est venu s'amarrer à cette ville
Où ruisselle un étrange décembre de la couleur des cendres
Ce n'est pas la saison des pluies de Saïgon
Monsieur Quan vit désormais en langue étrangère dépaysé de poésie
Armé d'un abécédaire troué
D'où les mots tombent chaque fois qu'il croit les saisir
Et sa grande philosophie l'encombre
À quoi peut-elle servir quand sa survie
Dépend de laver cette vaisselle qui sans cesse lui crie
Fais-moi reluire car je suis celle à qui tu dois ta deuxième vie!
La métropole est une foire marchande
Un carrousel vivant où jamais rien ne se donne
Pour l'habiter il faut avoir quelque chose à vendre
Mais monsieur Quan n'a que ses deux mains
Alors il travaille en chaîne à l'usine Ford
Et puis Paris Hôtel Bénin, Boulevard Saint-Jacques - enchaîne! -
Vidangeur de nuit, pharmacien de jour
Enchaîné à cette ville qui n'a jamais sommeil
Et derrière ses mains salies par le travail
Qui voit encore le philosophe?
Ceux et celles qui font l'histoire
Le font souvent par accident
C'est ainsi qu'en somme
Monsieur Quan devint célèbre malgré lui
Quand après quinze ans de jours sans fin et toutes ses économies
Il ouvrit un café qu'il nomma Drapeau de la Fidélité
En l'honneur du Vietnam perdu
Et comme il était assidu son café lui ressembla
Et ses clients étaient comme les jeunes qui fréquentaient ses cours
Peu à peu son restaurant se mit à fleurir
À accueillir une foule de déshérités
De peintres, de philosophes en devenir
De poètes mineurs qu'on carte au seuil de la beauté
C'était le seul lieu dans le quartier
Où il leur était possible de manger à leur faim
Et quand ils n'avaient rien, endettés par leur loyer
Monsieur Quan les servait gratuitement en secret
Durant toutes ces années ses prix n'augmentèrent jamais d'un seul sou
Et c'est ainsi qu'il contribua à faire vivre l'art et la philosophie
Dans sa ville
Et quand il y repense, monsieur Quan pleure
Parce que ce geste à peine visible a été l'œuvre de sa vie
Et peut-être qu'il y a dans ses larmes
La fierté de savoir que malgré tout
Malgré tout
Il a donné son cours de philosophie
Enseigné par le choix de ses gestes
Dédié sa vie comme une lettre à personne
Souhaité que l'histoire de sa vie soit bonne
Malgré le désordre et les ombres