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Petite fable sans morgue (La complainte des petits cabinets) [En public]
Henri Dès
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🇫🇷 French · Original
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Bilingual
Nous sommes les petits cabinets
Les petits cabinets de province
Ceux que l'on évince
Que l'on met très loin, très loin
Tout au fond des jardins
Près des tas de fumier
Des volières, des chenils, des écuries
Des basses cours, voire même des vergers
Nous sommes les petits cabinets
Ceux qu'on ne daigne pas nommer
Water-closets, ni lieux d'aisance
Ce serait sans doute une offense
Mais on nous donne des noms extraordinaires
Des noms idiots
Qui font croire que nous sommes originaires
De l'île de chiot
Nous sommes sales et laids
On nous néglige
Sommes-nous donc tellement indignes s'il vous plaît?
Oui, s'il vous plaît
N'avons-nous pas les mêmes fonctions
Les mêmes attributions que ceux de la capitale?
Mais non, nos sièges sont de bois brut
Et le ragout tant désiré nous a dit zut
Il a préféré glisser sur nos confrères
Mieux aménagés, cirés, vernissés
Voués aux aristocrates derrières
Notre ouverture est béante, géante
Le regard plonge à l'infini
On n'en voit pas le fond, ironie
Pour nous point d'élégance
Point de cuvette de faïence
Point de bouton
Faisant jaillir un hygiénique tourbillon
Point de petit balai de chiendent
Nous sommes dégoutants
Et pour le papier point de boîte
On le jette à gauche, à droite
On ne le coupe même pas en petits carrés
Et ce sont parfois des journaux entiers
Des revues de littérature
Qui tombent dans notre ouverture
Ça va pas ou bien?
Et nos murs, ah, nos murs salpétrés
Parfois couverts de journaux illustrés
Portraits d'actrice voir de ministres, tableaux de grands artistes
Quelquefois on nous couronne
De ronds, de ronds
De ronds en paillasson
Voilà le seul luxe qu'on nous donne
Voilà le seul luxe qu'on nous donne
Voilà le seul luxe qu'on nous donne
Car
Nous sommes les petits cabinets
Les petits cabinets de province
Ceux que l'on évince
Et bien soit, nous acceptons la guerre
Et nous serons les prolétaires