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Ode à climène
Jean‐Louis Murat
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🇫🇷 French · Original
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Original
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Bilingual
Ne pourra-t-on vous contraindre à quitter de tristes lieux?
Faudra-t-il toujours se plaindre de ne point voir vos beaux yeux?
Encore quand les fleurs nouvelles naissent partout sous les pas
Quand toutes les nuits sont belles, la campagne a des appas
Mais quand l'hiver la désole qu'on ne peut se promener
Climène, il faut être folle pour ne pas l'abandonner
De ce qui vous y peut plaire, daignez nous entretenir
Je ne vois qu'une chimère qui vous y peut retenir
Oui, j'ai deviné sans doute d'où vient un si long séjour
Votre jeune cœur redoute un mal qu'on appelle amour
Vous croyez qu'on ne le gagne qu'au milieu des jeux, des rires
Il se prend à la campagne comme il se prend à Paris
On fait bien quand on évite une tendre passion
Mais, hélas, en est-on quitte en fuyant l'occasion?
Non, c'est en vain qu'on s'assure contre ce qu'on peut prévoir
Une bizarre aventure met un cœur sous son pouvoir
Cette solitude affreuse où vous passez vos beaux jours
Est souvent plus dangereuse que les plus superbes cours
Votre désert est sauvage dans un plus sauvage encore
Angélique fière et sage rencontra le beau Médor
Quittez donc des champs stériles pour vous garder impuissants
Venez de feux inutiles faire brûler mille amants
Ne redoutez point le piège qu'ils tendront à votre cœur
De tous les forts qu'on assiège, on n'est pas toujours vainqueur
La sagesse la plus frêle avec le plus beau berger
Si le destin ne s'en mêle ne court pas un grand danger
Vous ne voudrez pas en croire tout ce qu'on vous en dira
Mais écoutez une histoire qui vous persuadera
J'allais cacher ma tristesse dans ces aimables déserts
Où pour sa tendre maîtresse, Desportes faisait des vers
Je m'étais assise à peine dans le plus sombre du bois
Quand j'ouïs du beau Philène et les soupirs et la voix
Seul aux pieds d'une bergère qui riait de son souci
Cet amant tendre et sincère tout en pleurs parlait ainsi
Avec quelle indifférence passez-vous vos plus beaux jours
Iris, dans cette indolence demeurerez-vous toujours?
Non, vous deviendrez sensible, ce cœur, ce superbe cœur
À l'amour inaccessible sentira sa vive ardeur
Quelqu'un est né pour vous plaire, rien ne vous en sauvera
Ce que je ne pourrai faire un plus heureux le fera
Tout aime dans la nature dans le barbare séjour
Où règne l'âpre froidure, on sent les feux de l'amour
Le temps, d'une aile légère emportera loin de vous
Cette beauté passagère dont les charmes sont si doux
Lors, d'une vaine sagesse reconnaissant les abus
Vous prendrez de la tendresse et vous n'en donnerez plus
En tout temps l'amour nous dompte, on règle en vain ses désirs
Vous aurez, à votre honte ses peines sans ses plaisirs
Craignez sa juste colère et, par un doux repentir
Épargnez-vous, ma bergère, les maux qu'il me fait sentir
Aimez un amant fidèle quoi qu'en dise la raison
Jeune Iris, tant qu'on est belle, elle n'est pas de saison
Contre un amant qui sait plaire, elle perd toujours son temps
Croyez-moi, faites la taire encore 15 ou 20 ans
Mettez votre cœur en proie aux amoureuses langueurs
Il n'est de solide joie que dans l'union des cœurs
Ainsi, d'un air agréable, Philène, ce beau berger
Aux belles si redoutables, la pressait de s'engager
Les oiseaux, le doux zéphyr et les échos d'alentour
Comme lui semblait lui dire, rien n'est si doux que l'amour
Mais le cœur de l'inhumaine se taisait obstinément
Quand le cœur se tait, Climène tout parle inutilement
Mais le cœur de l'inhumaine se taisait obstinément
Quand le cœur se tait, Climène tout parle inutilement