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Naissance

Tariq Ramadan
Popularity · Low

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De nausées en maux de têtes, le voyage avait commencé là Son corps lui envoyait des signes, des messages qu'elle ne comprenait pas Quelque chose avait changé, au plus profond de ses entrailles Fallait-il que pour l'amour, ces nausées la tenaillent ? Jamais elle n'avait prêté autant d'attention à ce que lui disait son ventre Que se passait-il donc dans son être, dans le secret intime de cet antre ? Assis sur ce banc dans le parc, elle écoutait le chant des oiseaux du printemps Et une voix intérieure lui chantait la chanson des mamans Qui donc était ce visiteur qui l'habitait sans gêne, ici un geste, et soudain un coup Puis le silence, puis le sommeil. Il avait son rythme, ses besoins, et savait même être doux Autour d'elle on lui parlait de ce jour de la naissance, où il entrerait dans sa vie Mais la vie était déjà là, et ils dialoguaient en silence de leurs désirs, et de leurs envies Elle avait appris sa langue, il savait se faire entendre Un geste était parole, un message à comprendre Une langue avant les mots, la vie avant la vie Que seule une maman sait, que les pères leur envient Quel était donc le secret de ce dialogue des êtres des plus secrets ? Une maman qui écoute et se confie quand le monde croit qu'elle se tait Un bébé qui sans les mots sait dire la douleur et l'amour Et tous deux, loin du monde, protègent seuls les chaleurs du jour Depuis des mois ils se parlent, lui, avec son corps ployé et ses mains à l'intérieur, Elle, de ses gênes, de son poids, de ses fatigues, de ses doutes et de ses peurs Dans le parc, hier, elle se demandait pourquoi il fallait qu'il vienne dans la souffrance Il était là, déjà, en elle, si doux, pourquoi fallait-il la douleur des naissances ? Elle promenait la vie, et ses questions et ses peurs. Il fallait donc accepter de souffrir C'est le message éternel de la vie, ceux que tu aimes t'apprennent à le vivre Ils viennent et ils partent dans la douleur, et toi seul sait la force et la clef Écoute les mamans, de leur ventre nous vient l'initiation ultime, et cette vérité Elle avait appris sa langue, il savait se faire entendre Un geste était parole, un message à comprendre Une langue avant les mots, la vie avant la vie Que seule une maman sait, que les pères leur envient Que de douleurs, que de cris, que d'amour, que de larmes d'espoir Traverser la souffrance, et au rythme des soupirs, sa tête se fait voir De la vie à la vie, il vient dire encore, par ses premiers sanglots Qu'il avait tant aimé vivre, libre et baigné, dans la chaleur des eaux Il pleure, il gémit, ils ont coupé le cordon ; un bonheur, tellement de peur, et tellement de cris Leurs larmes se parlent, une conversation intime sans un mot, sans bruit Il la cherche dehors comme il était dedans, elle espère sa chaleur aux formes de son corps C'est une fille, elle pose sa joue sur son ventre, et, corps à corps, elle lui parle encore C'est le plus grand secret, le plus beau des rites. Sa fille sur son ventre, une nouvelle vie Du fond de son être la maman enseigne la vérité des langues et de la poésie Et l'enfant s'apaise, et la fille sourit. Et la maman confie le miracle éternel Une douce caresse murmure sa confession : la vie est cadeau, mon Dieu qu'elle est belle Elle avait appris sa langue, elle savait se faire entendre Un geste était parole, un message à comprendre Une langue avant les mots, la vie avant la vie Que seule une maman sait, ce don qu'on leur envie