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Un fantôme

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Dans les caveaux d'insondable tristesse Où le festin m'a déjà relégué Où jamais n'entre un rayon rose et gai Où, seul avec la nuit, maussade hôtesse Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur Condamne à peindre, hélas, sur les ténèbres Où, cuisinier aux appétits funèbres Je fais bouillir et je mange mon coeur Par instants brille, et s'allonge, et s'étale Un spectre fait de grâce et de splendeur À sa rêveuse allure orientale Quand il atteint sa totale grandeur Je reconnais ma belle visiteuse C'est elle Noire et pourtant lumineuse C'est elle Je reconnais ma belle visiteuse C'est elle Noire et pourtant lumineuse C'est elle Lecteur, as-tu quelquefois respiré Avec ivresse et lente gourmandise Ce grain d'encens qui remplit une église Ou d'un sachet le musc invétéré? Charme profond, magique, dont nous grise Dans le présent, le passé restauré Ainsi l'amant, sur un corps adoré Du souvenir, cueille la fleur exquise De ses cheveux élastiques et lourds Vivant sachet, encensoir de l'alcôve Une senteur montait, sauvage et fauve Et des habits, mousseline et velours Tout imprégnés de sa jeunesse pure Se dégageait un parfum de fourrure Comme un beau cadre ajoute à la peinture Bien qu'elle soit d'un pinceau très vanté Je ne sais quoi d'étrange et d'enchanté En l'isolant de l'immense nature Ainsi bijoux, meubles, métaux, dorure S'adaptaient juste à sa rare beauté Rien n'offusquait sa parfaite clarté Et tout semblait lui servir de bordure Même on eût dit parfois qu'elle croyait Que tout voulait l'aimer, elle noyait Sa nudité voluptueusement Dans les baisers du satin et du linge Et, lente ou brusque, à chaque mouvement Montrait la grâce enfantine du singe Même on eût dit parfois qu'elle croyait Que tout voulait l'aimer, elle noyait Sa nudité voluptueusement Dans les baisers du satin et du linge Et, lente ou brusque, à chaque mouvement Montrait la grâce enfantine du singe La maladie et la mort font des cendres De tout le feu qui pour nous flamboya De ces grands yeux si fervents et si tendres De cette bouche où mon coeur se noya De ces baisers puissants comme un dictame De ces transports plus vifs que des rayons Que reste-t-il? C'est affreux, ô mon âme Rien qu'un dessin fort pâle, aux trois crayons Qui, comme moi, meurt dans la solitude Et que le temps, injurieux vieillard Chaque jour frotte avec son aile rude Noir assassin de la vie et de l'art Tu ne tueras jamais dans ma mémoire Celle qui fut mon plaisir et ma gloire Tu ne tueras jamais dans ma mémoire Celle qui fut mon plaisir et ma gloire